Rééditer la gamme Penta, pourquoi ?

Si nous ne sommes pas tous historiens, nous avons chacun des souvenirs. Papier-peint psychédélique, téléphone orange à cadran, tabouret vert qui fait « tam-tam », réveil à piles, cendrier qui tourne, lampe à bulles stupéfiantes, 45 tours de Christophe ou de Pierre Vassiliu, musique disco et tenues extravagantes nous renvoient dans les années 70 – les nôtres, ou celles de nos parents.

Inutile donc d’avoir vécu les seventies pour qu’elles soient là, quelque part en chacun de nous, tapies dans un album photos, connectées à une enceinte ou remisées dans une grange. Souvenir du désir d’un idéal né en 68, ces années-là nous interrogent aujourd’hui sur les contraintes de la liberté. Environnement, mondialisation, individualité.

Bien que ce monde orangé au milieu d’une mer plus bleue reste une référence, les enfants de cette révolution que nous sommes avons mûri. Nous savons par exemple que le présent doit se nourrir du passé, mais que le passé, avec le recul, s’avère souvent paradoxal – voire parfois mal inspiré.

Alors gardons le meilleur et corrigeons le reste…

Ainsi les années 70, c’était mieux maintenant. Une image en phase avec cette réédition des fauteuils et de la table Penta. Tout simplement parce qu’en 1970 les designers Jean-Paul Barray et Kim Moltzer prenaient d’ores et déjà en compte des paramètres très contemporains, notamment environnementaux, qui donnent un sens « historique » au design.

50 ans après renaît donc ce projet qui ressemble tant à ses créateurs – dans le désordre : simples, légers, enjoués, intemporels, innovants, généreux, humains… D’ailleurs Jean Prouvé disait de son ami Jean-Paul Barray : « Qu’il s’agisse de mécanique, de modèles d’architecture, voire d’aviation, je suis, comme beaucoup d’autres qui le connaissent, personnellement, en admiration… ». Un talent que Jean-Paul Barray a d’ailleurs transmis pendant des années aux étudiants en design de l’ENSCI – Les Ateliers. Et le critique Gilles de Bure d’ajouter sur le travail de Kim Moltzer : « Ce qui est évident, c’est qu’il module le merveilleux, façonne la poésie dans un registre à nul autre pareil. Chacune de ses productions porte ainsi la marque d’un créateur puissant à l’identité affirmée. »

Les designers

Jean-Paul Barray (1930-2012)
Diplômé des Arts et métiers de Saint-Étienne puis en architecture aux Beaux-Arts de Lyon, Jean-Paul Barray acquiert à Paris une très large expérience pratique en devenant conducteur de chantier chez f, dessinateur chez Le Corbusier et Wogensky, collaborateur d’Édouard Albert, salarié chez Technes où il se consacre à l’esthétique industrielle, inclassable chez Roger Talon, conseil en ingénierie auprès d’artistes et d’industriels (Boussois, César, Jean-
Pierre Demarchi, ICI, Pechiney, Jean-Luc Perrot ou Vincey Bourget). Il créera même une voiture, l’Amanda, avec le designer Pierre Colleu. Mais c’est avec Kim Moltzer qu’il signe des meubles en carton, des luminaires, un fauteuil sur mercure, la table Fleur et la gamme Penta, dont ses amis Pierre et Alice Perrigault offriront un exemplaire au centre Pompidou. Enfin, il consacre une grande partie de son temps à sa peinture, mais surtout à ses élèves de l’école ENSCI Les Ateliers.

jeanpaulbarray.fr

Kim Moltzer (1938-2015)
Né à Berlin, en 1938, dans une famille de brasseur d’origine hollandaise, Kim Moltzer a échappé à la guerre tout en ayant une jeunesse mouvementée. Il a été élevé en Amérique du Sud, principalement en Argentine et au Brésil. De ce mélange des genres de culture naît une culture pour le moins bigarrée. Jeune adulte il regagne l’Europe, où il suit des études supérieures en Suisse, puis à Paris au sein de l’Institut d’Études politiques. Mais les liens qu’il entretient alors avec Jean-Paul Barray lui ouvrent les yeux sur sa véritable passion : la conception et la création de pièces de mobilier. Ensemble, ils fondent ECFI (Études Construction Formes Industrielles), société spécialisée dans l’aménagement d’espaces professionnels et d’appartements. Là, et tout au long de sa carrière, il travaille sur une gamme particulièrement variée de matériaux – carton, bronze, bois, verre… Parallèlement il officie pour des émissions populaires de télévision (notamment Dim Dam Dom) ou encore pour le compte de personnalités politique comme Georges Pompidou.

kim-moltzer.com

Le temps, l’espace.

Liste non-exhaustive, mais tellement représentative du foisonnement créatif de ces deux grands noms du design 70’s. Et c’est grâce au travail de quelques passionné(e)s que nous avons la chance, enfin, de pouvoir aujourd’hui redécouvrir comment tout ce temps a occupé notre espace. Quant aux célébrités de la création contemporaine qui ont eu la chance d’avoir Jean-Paul Barray comme enseignant à l’ENSCI, ils se rappelleront aussi la richesse artistique de ce précurseur.

Nous remercions très chaleureusement pour leur travail d’archives et nous avoir autorisés à les exploiter les galeries Demisch Danant New York (crédit Thierry Depagne) et Gallery Clément Cividino Ent (crédit Marion Jaillot), ainsi que Nicolas Barray pour son travail de fourmi, sans oublier bien entendu toute l’équipe de la bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou qui nous ont également permis de travailler sur leurs archives.